Tempête Xynthia / Des centaines de maisons vont être rasées
Entre colère et résignation
Les propriétaires sinistrés par la tempête Xynthia ont commencé à découvrir hier dans les larmes, la colère ou la résignation, le tracé des « zones noires » et le destin réservé à leur résidence.
« Je suis dégoûtée, c'est lamentable, il me reste deux ans à payer ma maison, pour moi c'est fini », explose une propriétaire pendant la première réunion d'information des sinistrés organisée à l'Aiguillon-sur-mer. Dans cette petite station balnéaire familiale du littoral vendéen, 241 habitations, dont 25 résidences principales doivent être rasées.
Les « zones noires » ne sont pas «négociables »
Au total, près de 1 400 parcelles seront rendues à l'état naturel en Charente-Maritime et en Vendée, selon les chiffres données mercredi après le conseil des ministres.
A la Rochelle, le préfet de Charente-Maritime, Henri Masse a tenu à préciser que les « zones noires » qui présentent « un danger de mort avéré » n'étaient « pas négociables ».
« Les gens doivent quitter leurs maisons », a-t-il dit alors que le secrétaire d'Etat aux Transports et président du conseil général de Charente-Maritime Dominique Bussereau avait laissé entendre dans la matinée que « rien n'est encore figé » pour quelques communes charentaises.
Cette décision « est pire que ce qui s'est passé le 28 février »
La cartographie établie après le passage de la tempête à partir d'un « faisceau de critères » et d'expertises approfondies pourra conduire à « un choc, un nouveau traumatisme », comme l'a dit hier le préfet de Charente-Maritime.
Hier matin à l'Aiguillon-sur-mer, certains ont sangloté de soulagement en découvrant la carte, d'autres « savaient que c'était plié » et s'étaient résignés par avance.
Cette décision « est pire que ce qui s'est passé le 28 février » mais « il faut qu'on parte pour sauver nos vies et celles de nos enfants », lance une habitante de la commune.
« On va se battre, on ne va pas se laisser faire comme ça », assure de son côté Mireille Nourisson. Sa résidence secondaire a été construite il y a une soixantaine d'années sans permis de construire route de la Pointe, près du marais poitevin. Le 28 février, la maison a été envahie par 25 cm d'eau.
« Je sais bien qu'il y a des personnes pour qui ça va être un arrachement épouvantable », a reconnu le préfet de Vendée, Jean-Jacques Brot devant les quelque 600 habitants rassemblés dans la salle omnisports.
Un homme et une femme ont fait un malaise avant le début de la présentation
Un homme et une femme ont d'ailleurs fait un malaise avant le début de la présentation. « Oui quelques uns d'entre vous ne pourront continuer à habiter où ils habitent actuellement, c'est cruel, c'est un arrachement », reconnaît le préfet. Mais « cette cartographie n'a qu'un seul but, protéger la vie ».
Le maire Maurice Milcent, « préfère employer le mot déplacement » plutôt que de parler de démolition. « Dans nos sociétés actuelles on ne pardonnera à personne de perdre la mémoire », souligne-t-il.
« Nous allons nous défendre becs et ongles », promet Thierry Demaegdt, habitant de Charron, où 150 maisons devraient être rasées après la tempête Xynthia. Actuellement sans activité professionnelle, il a créé l'association « Reconstruire Charron » pour défendre les sinistrés de cette commune de 2 210 habitants avant Xynthia, « moins de 1 700 » depuis, où deux enfants et leur grand-mère ont péri le 28 février.
« Ma maison est totalement pourrie, il faut la détruire totalement », raconte cet homme de 58 ans originaire de Normandie et installé à Charron avec son épouse depuis 2003. Il tape du pied dans les cloisons qui s'effritent, piétine les traînées de boue laissées par les flots, désigne les portes fenêtres éventrées. « On a failli mourir », dit-il, « on était arrimé en pleine mer ».
«Ils préfèrent détruire des maisons que faire des digues»
Hué plusieurs fois pendant la réunion, le préfet Henri Masse, qui a quitté la salle sous les cris de certains sinistrés, mais s'est dit «conscient» que la population de Charron vivait «un deuxième traumatisme». A la lecture des rues affectées, les cris ont fusé, des femmes s'effondrant en pleurs, certaines prises en charge par la Croix-Rouge. «Alors, on dégage tous!», lance un habitant, «ils rayent Charron de la carte», «Où étiez-vous quand on demandait qu'on refasse les digues?», fustige-t-on encore.
«Ils préfèrent détruire des maisons que faire des digues, ça fait 60 ans qu'on en parle, cela n'a jamais été fait»«, a déclaré Michel Bouron, qui ignorait avant la réunion que sa maison était en zone noire. «Il y a des gens dont c'est toute la vie qui s'effondre», souligne de son côté Carl Rivalin, dont la famille traumatisée par la tempête, acceptera l'indemnisation si elle est correcte et quittera Charron.
Pour les indemnisations, les autorités assurent que « priorité serait donnée à une démarche amiable », à travers une offre d'acquisition des maisons vouées à la destruction « au prix du marché avant la tempête », comme l'a dit le préfet de Charente-maritime hier. Les services des domaines procèdent à la liste de ces maisons «qui seront acquises par l'Etat » au prix du marché avant la catastrophe, «en cas de désaccord, une autre procédure contentieuse d'expropriation» sera mise en place.
09/04/2010 DNA