Centre Pompidou-Metz, vue de nuit, mars 2010
© Shigeru Ban Architects Europe et Jean de Gastines Architectes / Metz Métropole / Centre Pompidou-Metz / Photo Il s'agit de la première décentralisation d'une grande institution culturelle nationale.
Conçu par le Japonais Shigeru Ban et le Français Jean de Gastines, le Centre ouvre au public le 12 mai, avec une grande exposition de chefs-d'oeuvre dont l'accès au public sera gratuit jusqu'au 16 mai.
L'exposition inaugurale, intitulée Chefs-d'oeuvre, présente 780 oeuvres prêtées pour la plupart par le Centre Pompidou et déployées sur 5000 m2. Ces Matisse, Picasso, Kandinsky, Miro et autres Léger ont quitté Paris pour une période de six mois à plus d'un an.
Le centre installé dans un nouveau quartier
Pari architectural, le Centre Pompidou Metz ressemble à une superposition de trois boîtes à chaussures, coiffées d'un chapeau chinois qui se veut un abri protecteur et portées par six piliers coniques et une flèche centrale. La charpente en bois tressé est protégée par une fine membrane textile blanche. La moitié des 10.000 m2 sont dédiés aux espaces d'exposition.
Construit en lisière du centre de Metz et près de la gare TGV, qui met la capitale de la Lorraine à 80 minutes de Paris, le CPM va s'insérer dans un nouveau quartier de logements et de commerces qui comptera une cité des congrès et une médiathèque
Une collaboration entre l'Etat, les collectivités locales et le Centre Pompidou
Le Centre Pompidou-Metz ne dispose pas de collection permanente mais peut puiser dans celle du Centre Pompidou , riche de 65.000 oeuvres. La gestation a duré sept ans et la construction elle-même trois ans et demi.
La communauté d'agglomération Metz Métropole, la région Lorraine et le département de la Moselle ont pris à leur charge l'essentiel du financement du bâtiment qui a coûté environ 70 millions euros hors taxes (86 millions avec taxes), selon Philippe Hubert, le directeur technique du CPM. Les collectivités locales assument également 90% du budget de fonctionnement (10 millions d'euros en 2010).
Le Centre Pompidou lui apporte sa réputation, son expertise et lui prête ses collections. Le Centre Pompidou-Metz "ne rapportera pas un euro" au Centre Pompidou, tient à souligner Alain Seban, président du Centre Pompidou depuis 2007. Une différence notable par rapport au Guggenheim de Bilbao dont la réussite inspire Metz.
"Avec Metz, le Centre Pompidou se place dans une logique de service public", en permettant un plus grand accès de ses oeuvres, estime Jean-Jacques Aillagon, d'origine messine. Il a beaucoup oeuvré au projet, comme président du Centre Pompidou puis comme ministre de la Culture.
"On se fixe comme objectif d'accueillir 200.000 visiteurs en 2011", indique le directeur du Centre Pompidou -Metz, Laurent Le Bon.
Chefs-d'oeuvre en ouverture
L'exposition Chefs-d'oeuvre ? réunit 780 oeuvres dont 700 prêtées par le Centre Pompidou. Elle a été conçue par Laurent Le Bon, qui a utilisé la totalité de la surface d'exposition du nouveau bâtiment.
L'exposition ouvre sur un grand collage de Matisse, La tristesse du roi (1952), que le Centre Pompidou a accepté de prêter malgré sa fragilité. Dans la grande nef, un parcours chronologique retrace l'évolution de la notion de chef-d'oeuvre au fil des siècles. Un terme apparu au XIIIe siècle en France: les artisans devaient réaliser un chef-d'oeuvre pour devenir maîtres dans leur corporation.
La hauteur de la nef permet de présenter des oeuvres comme Portugal de Sonia Delaunay, qui mesure sept mètre de haut.
A côté de cette partie historique, l'exposition propose un musée rêvé, installé dans une des trois galeries, avec une parade de chefs-d'oeuvre du XXe: Braque, Malevitch, Chagall, Léger, Brancusi, Bellmer, Kandinsky, Picasso, Ernst, Pollock, Giacometti, Dubuffet...
Dans une autre section, on peut voir des oeuvres considérées comme des chefs d'oeuvre après la Libération et oubliées aujourd'hui dans les réserves.
A un moment du parcours, le public va passer sous un grand miroir. "Ce sera l'une des réponses. Ce qui fait un chef-d'oeuvre, c'est le visiteur", poursuit le conservateur en citant la phrase de Marcel Duchamp "ce sont les regardeurs qui font le tableau".
| Un musée "autonome" et "complice" "Autonome" mais "complice": voilà ce que devra être le Centre Pompidou -Metz vis-à-vis de l'institution culturelle parisienne, a estimé le président du Centre Pompidou, Alain Seban, dans un entretien à l'AFP, à quelques jours de son ouverture au public le 12 mai. "J'étais très attaché à l'idée que ce ne soit pas une antenne du Centre Pompidou mais bien une institution autonome", a-t-il indiqué. "Au départ, il y avait surtout l'idée que cela nous permettrait d'exposer davantage notre collection d'art moderne et contemporain qui est très vaste. Mais le projet est beaucoup plus ambitieux que cela", souligne cet ancien conseiller pour la culture de Jacques Chirac lorsque celui-ci était à l'Elysée. "Ce doit être un lieu qui imagine ses propres expositions, évidemment dans le respect de l'esprit du Centre Pompidou-Paris, en bénéficiant des atouts qu'on met à sa disposition: notre nom, notre savoir-faire, notre collection", relève Alain Seban. "Ce que nous voulons, c'est qu'il y ait une communauté de valeurs. Que lorsque vous êtes au Centre Pompidou-Metz, vous ayez l'impression inimitable que vous êtes dans un lieu qui participe de la dynamique du Centre Pompidou, dans la qualité de l'offre, la scénographie des expositions, l'attention portée au public, l'ouverture à tous les publics", explique-t-il. "C'est dans une sorte de complicité de tous les jours, d'échanges, de camaraderie, de discussions quasi-permanentes que vous pouvez l'établir", considère-t-il. "Créer les conditions de cette complicité, voilà le défi qu'on relève", souligne Alain Seban. "Le patron du Centre Pompidou-Metz , c'est son directeur, Laurent Le Bon", déclare-t-il. "Moi je préside le conseil d'administration. Et je suis le garant de l'autonomie scientifique et culturelle du directeur", ajoute-t-il. L'idée de créer une "antenne" en région pour le Centre national d'art et de culture Georges Pompidou a été avancée en 1999 par Jean-Jacques Aillagon, alors président de cette institution culturelle nationale. Plusieurs villes ont été approchées mais Metz , très déterminée, s'est montrée la plus convaincante. Ce choix a été confirmé en janvier 2003. |