Dans les années 1980 des chercheurs avaient déjà suspecté ces antalgiques chez l'animal mâle de provoquer des troubles de la reproduction. Mais il a fallu attendre cette étude de cohorte publiée aujourd'hui pour avoir des données plus précises chez l'être humain. Ce travail porte sur plus de 400 femmes enceintes danoises qui ont accepté de répondre à un interrogatoire sur leurs habitudes de vie et notamment la prise d'antalgiques. Après la naissance, les enfants de sexe masculin nés de ces femmes ont été examinés pour la recherche notamment d'une cryptorchidie. C'est ainsi que les auteurs de l'étude ont pu se rendre compte pour la première fois que les enfants des femmes qui avaient pris un ou plusieurs des trois antalgiques étudiés, pendant plus de 15 jours au cours des six premiers mois de grossesse, avaient un risque significativement accru de cryptorchidie.
Pour comprendre le phénomène, les médecins danois et finlandais ont contacté Bernard Jégou, directeur de recherche à l'Inserm unité 625 et à l'université de Rennes-I et spécialiste international des questions d'environnement et de fertilité masculine. Celui-ci travaille sur des cultures de cellules de testicules de rats fœtaux, de manière à tester des médicaments ou les molécules chimiques et d'évaluer leurs effets sur la fonction reproductive fœtale. Il a pu ainsi mettre en évidence sur ce modèle une baisse de la sécrétion de testostérone (l'hormone mâle) des cellules testiculaires fœtales en présence de ces antalgiques (paracétamol, ibuprofène ou aspirine).
Enfin, les Danois ont en parallèle mené une troisième expérience. Ils ont donné à des rates gestantes l'un de ces médicaments antalgiques à hautes doses. Et ils ont pu alors eux aussi observer dans la descendance mâle certaines anomalies traduisant une moindre sensibilité à la testostérone. «Ces travaux sont des clignotants indiquant qu'il faut porter une attention particulière à la prise d'antalgiques pendant la grossesse. Il faut cependant rester prudent: nous mettons en évidence une association et pas une relation de cause à effet, explique Bernard Jégou, coauteur de l'article paru dans Human Reproduction. Mais d'autres arguments indirects vont dans le même sens. Ainsi, c'est au Danemark que la plus grosse consommation de paracétamol est observée et c'est aussi le pays qui présente le taux le plus élevé de cryptorchidie. Aujourd'hui ces signaux nous indiquent qu'il faut mener de nouvelles études épidémiologiques et expérimentales.» C'est désormais aux autorités sanitaires de se prononcer sur l'opportunité de limiter le recours à ces médicaments pendant la grossesse.
lefigaro.fr Perez Martine News Yahoo 08/11/2010