Myopie, une chirurgie de confort
Quatre spécialistes insistent sur les précautions à prendre avant l'intervention de la chirurgie réfractive de la cornée.
Il n'y a pas de geste médical anodin. Depuis vingt ans, la chirurgie réfractive de la cornée s'est imposée comme une possibilité de soins d'apparence facile et le Lasik, un traitement laser particulier de remodelage, est devenu la référence : environ 75 000 Français l'adopteraient chaque année. Pourtant, ce n'est qu'une intervention de confort, "une chirurgie non obligée", rappelle le Dr Jean-Jacques Saragoussi, qui exerce à Paris en privé et à l'Hôtel-Dieu. Des personnes porteuses de lunettes ou de lentilles de contact veulent s'en passer. "Pour bien voir, la lumière doit parfaitement converger sur la rétine au fond de l'oeil", explique le Pr Jean-Louis Arné, du CHU de Toulouse. Ce sont la cornée, la membrane transparente en avant du globe oculaire, ainsi que le cristallin, cette lentille naturelle juste en arrière, qui remplissent normalement cette fonction. Une opacification du cristallin, liée à l'âge, conduit à la cataracte, qui s'opère, et trois troubles de la cornée, survenant le plus souvent à un âge moins avancé, peuvent être corrigés, dont certains par le Lasik. "On opère des myopes dont le défaut de vision est inférieur à 10 dioptries à partir de 30 ans et s'il n'y a pas de contre-indications. Au-delà de 10 dioptries, il ne faut pas entreprendre de chirurgie par laser", précise le Pr Joseph Colin, du CHU de Bordeaux. "Le Lasik s'adresse aussi aux hypermétropes, de 1 à 4-5 dioptries, mais pas au-delà, et enfin aux astigmates, jusqu'à 6 dioptries. Mais pas aux presbytes, c'est-à-dire à peu près tout le monde à partir de 45 ans. Pour la presbytie, nous cherchons d'autres solutions", poursuit-il. "Un patient bien sélectionné, c'est le succès garanti", assure le Pr Béatrice Cochener, du CHU de Brest.
Ces quatre spécialistes insistent sur les précautions à prendre, notamment avant l'intervention. "Il faut une heure et demie pour dépister les contre-indications opératoires : une maladie de la cornée comme le kératocône ou des aberrations cornéennes (faible épaisseur, courbure particulière) qui provoqueraient des échecs si on opérait, une maladie infectieuse, la grossesse", résume le Pr Colin. En cas de cataracte, de glaucome, de kératite, l'opération n'est pas recommandée. En cas de diabète, de polyarthrite rhumatoïde, de lupus ou avec un traitement immunodépresseur, elle peut ne pas convenir. L'intervention est très mécanisée, nécessite une anesthésie à l'aide de gouttes, mais pas d'hospitalisation, et est généralement suivie pendant quelques jours d'une gêne visuelle ou de douleurs... L'acuité visuelle est bonne dans 98 % des cas et 95 % des patients sont satisfaits. En effet, elle peut être parfaite, mais la personne gênée par des parasites visuels, un halo empêchant la conduite nocturne, une sécheresse oculaire... N'importe quel ophtalmologue peut pratiquer ces interventions, chères (1 000 à 2 000 euros par oeil) et non remboursées par la Sécu.
"Les bons chirurgiens réfractifs se concentrent dans des centres expérimentés, bien équipés et actifs", précise le Pr Cochener.
François Malye et Jérôme Vincent Lepoint.fr News Yahoo 07/07/2011