Climat : les experts confirment leurs prévisions pessimistes

 

Alors qu’en 2001, le 3ème rapport du GIEC avait établi, avec 66% de certitude, l’impact des activités humaines sur le réchauffement de la planète, cette certitude est désormais acquise à 90%. Ce point est crucial compte-tenu de ses implications politiques : « Aujourd’hui, plus personne ne pourra contester ce qui est avéré, » a déclaré le président du PNUE, Achim Steiner, devant la presse internationale. « Le GIEC apporte des preuves non équivoques au monde entier, le doute n’est plus permis et désormais nous allons pouvoir nous concentrer sur l’action ». Le GIEC, qui a pu affiner ses estimations depuis 2001, donne pour la première fois une estimation « très probable » du réchauffement d’ici 2100, avec une hausse des températures comprise entre 1,8 et 6,4°dans le scénario le plus pessimiste, qui prévoit une augmentation des émissions de gaz à effet de serre. La hausse constatée depuis 1950 se situe en outre « bien au-delà des valeurs constatées auparavant », confirme le GIEC.

Les impacts sur la vie humaine feront l’objet d’un second rapport

Par ailleurs, les scientifiques ont pu établir un consensus sur la forte probabilité des phénomènes climatiques extrêmes à venir : intensité accrue des cyclones tropicaux, des précipitations, des canicules et des sécheresses, avec une fréquence plus élevée. « Tout dépendra de ce que les être humains vont décider, mais si l’on continue au même rythme, la hausse des températures sera encore bien plus importante qu’au 20ème siècle, et les conséquences beaucoup plus intenses au 21ème siècle », a indiqué Susan Solomon, vice-présidente du GIEC. Les experts estiment également que la hausse du niveau des mers sera comprise entre 6 et 7 mètres et que les glaciers de l'Arctique pourraient disparaître en été, d'ici 2100. Les populations côtières seront par conséquent particulièrement touchées, notamment en Asie du Sud-Est, région très vulnérable à la hausse des mers et aux ouragans. Le nombre de réfugiés climatiques pourrait à la fin du siècle s’élever à 200 millions d’individus. Un second rapport du GIEC, relatif aux impacts sur la vie humaine, sera publié en mai prochain à Bruxelles. Selon les informations d’ores et déjà publiées par le quotidien australien The Age, les experts estimeraient que 200 à 700 millions d’habitants pourraient souffrir de pénuries alimentaires d'ici 2080 du fait du changement climatique, le manque d'eau affectant en outre entre 1,1 et 3,2 milliards d'êtres humains.

 

Signal envoyé aux décideurs

Un « résumé pour les décideurs », d’une vingtaine de pages, a été distribué à l’issue de la conférence du GIEC, « lisible pour tout PDG le temps d’un aller Paris/ Bruxelles », selon l’expression de Michel Jarraud, secrétaire général de l’Organisation météorologique mondiale. Une façon de rappeler aux gouvernements et aux entreprises que c’est désormais à eux d’agir pour lutter contre le réchauffement climatique afin de les inciter à poursuivre les négociations sur l’après Protocole de Kyoto, dont l’échéance est prévue pour 2012. Rappelons que la Chine et l’Inde, dont les émissions cumulées devraient dépasser celles des Etats-Unis en 2012, n’ont pas changé de position concernant le protocole. Lors de la 12e conférence des Nations Unies sur le changement climatique, qui s’est tenue à Nairobi, en novembre 2006, les deux pays ont fait valoir leur « droit à la croissance économique » et se sont refusés à tout engagement contraignant de réduction de leurs émissions. Ils ont également rappelé aux pays industrialisées leur "responsabilité historique" dans le réchauffement climatique et ont souligné que leurs émissions par habitant resteraient inférieures aux leurs, et ce "pendant encore au moins une génération", a indiqué le ministre indien de l'Environnement. Enfin, les Etats-Unis et l'Australie ont réitéré lors de ce sommet, leur refus d’adhérer au protocole de Kyoto tant que les pays émergents n’y seront pas soumis eux-mêmes.

Novethic.fr - Véronique Smée, Novethic MSN Chaine verte 28/05/2010