2009
LES VACHES MAIGRES DE SARKOZY
ET
PEGGY LA COCHONNE A LA SANTE
Une bande de terre derrière une haie, à l'ombre de la galerie de paléontologie du Muséum d'histoire nationale d'histoire
naturelle, à Paris : c'est là que Robert Pichot, responsable du carré dédié aux végétaux vivaces dans le Jardin des plantes, trie ses bulbes de tulipes, récupérés de saisons précédentes. Le
moment est bienvenu, il lui faudra
les planter avant la fin novembre. Il les ausculte, les jauge : seuls les gros seront dignes d'être plantés dans le décor du jardin public.
«Quand vous achetez des bulbes de tulipes, dit-il, il faut préférer les gros calibres, de bon poids, et bien fermes, sans entaille. C'est une garantie de belle
floraison.»
Encore faut-il planter la chose
à une profondeur de trois fois son diamètre dans une terre légère, évitant les sols argileux et compacts qui
retiennent l'eau, favorisent le pourrissement, et rendent difficile l'ascension du germe. Ensuite, vous devez laisser venir le froid, essentiel : les spécialistes le savent qui mettent
leurs oignons au frigo pendant un mois en cas de climat trop doux.
La tulipe paraîtra entre mars et mai, selon les variétés. «Après la floraison, on coupe la hampe pour éviter une
fructification qui pomperait sur les réserves. Et si on veut réutiliser le bulbe, on laisse les feuilles se dessécher.» Deux ou trois ans plus tard, on aura un nouveau bulbe à
maturité, et une nouvelle fleur en beauté.
Ainsi la boucle du bulbe se boucle-t-elle en vertu de lois élucidées par les physiologistes du végétal, tel Claude Leroy, qui vient de publier une somme chez Belin (la Forêt redécouverte). Le bulbe prêt à être planté est en réalité une conformation curieuse de plante souterraine, constituée d’amorces de feuilles dites «bases foliaires», lesquelles enserrent une tige courtaude et un bourgeon qui produira une fleur. Les bases foliaires sont l’essentiel du bulbe : blanches, car elles ne voient jamais le soleil, elles sont gorgées des réserves qui leur permettront de devenir des feuilles «aériennes», bien vertes, préludes au développement de la tige et de la fleur. Avant de se dessécher, ces feuilles aériennes auront œuvré à la reconstitution des réserves qui permettront le développement de nouvelles bases foliaires et d’un nouveau bulbe, lequel produira une fleur quand il en aura bien forci…
Ce n’est toutefois pas l’ébaubissement devant la vie secrète de cette liliacée d’Asie centrale qui lui a valu d’être la cause de la première bulle spéculative de l’histoire, dans les années 1630, en Hollande. Mais bien la beauté de sa fleur, notamment des variétés panachées. Entre 1634 et 1637, le prix de certaines tulipes atteignit celui de deux maisons, selon l’historien Jacques Marseille, et d’aucuns prirent même des parts dans des bulbes ! En février 1637, les cours s’effondrèrent pour des raisons obscures. Aujourd’hui, il se vend en France 73 millions de bulbes de tulipe chaque année. Vous en prendrez bien une dizaine. Vous avez le choix entre 2 000 variétés.
Précision. Si les propriétés anticancéreuses du chrysanthème ont récemment fait l’objet de publications scientifiques, les
vertus insecticides du pyrèthre, substance tirée de cette plante, sont connues depuis des siècles, contrairement à ce que laissait entendre une coupe accidentelle dans la chronique
précédente.
Liberation Corinne Bensimon News Yahoo 7/11/2009