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Forêt de Haguenau
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Dans ce rapport publié dimanche par Mediapart, la Cour épingle le sommet de l'Union pour la Méditerranée en juillet, financé de manière dérogatoire
et sans décision formelle sur le budget de la présidence européenne, pour 16,6 millions d'euros.
Depuis, la polémique s'est accrue et le Quai d'Orsay s'est employé à justifier les dépenses françaises.
Paris "n'a pas à rougir" du coût de sa présidence de l'UE, a assuré mercredi le ministre du Budget Eric Woerth.
Un rapport accablant
Le rapport de la Cour des comptes, remis au Sénat, présente la
présidence 2008 de l'UE (171 millions d'euros) comme l'une des plus coûteuses de l'histoire.
Sous le titre "la folie des grandeurs", le site Mediapart a publié également une lettre au ton très critique envoyée par le président de la Cour des comptes, Philippe Séguin, le 9 octobre au
Sénat. Il remarque d'abord que les dépenses ont été très supérieures aux présidences françaises précédentes de 1995 (14,1 millions d'euros) et de 2000 (56,9 millions), et aussi à celles des
autres présidences les plus récentes, situées entre 70 et 80 millions d'euros, souligne la Cour. Philippe Séguin a relevé un "nombre considérable
d'opérations financées sur ce programme", en dénombrant 489 en six mois dont neuf sommets, 227 réunions ministérielles ou de niveau ministériel, 328 séminaires ou
symposiums...
Le président de la Cour remarque aussi que c'est l'Elysée qui aura finalement mobilisé le plus de crédits pour ses réunions, 76 millions d'euros. La programmation et les procédures d'engagement
des dépenses sont fortement critiquées. "La multiplication et le coût parfois élevé des opérations mises en place par chaque administration et le caractère urgent, perfois dérogatoire, voire
irrégulier, des procédures suivies auront, au bout du compte, fait supporter par l'Etat des charges d'utilité publique variable."
Les 16,6 millions d'euros consacrés au sommet de l'Union pour la Méditerranée, le 13 juillet 2008 à Paris,
ont servi notamment à un réaménagement complet du Grand palais pour trois heures de réunion, avec 91.500 euros de moquette
éphémère, 194.900 euros de jardinières et 136.000 euros consacré au fond de scène.
L'événement a donné lieu à un incident que révèle la Cour, la réquisition d'un comptable par Bernard Kouchner. "Face au refus du comptable public de procéder au paiement de dépenses engagées de
manière irrégulière, le ministre des Affaires étrangères et européennes a cru devoir procéder à sa réquisition", écrit Philippe Séguin. Cette réquisition a été opérée avec le feu vert du
ministre du Budget Eric Woerth, la veille de Noël 2008, précise le rapport.
Le logo de la présidence française, montrant des drapeaux européen et français, a profité au designer Philippe Stack qui a empoché 57.408 euros par l'intermédiaire d'un
sous-traitant, après une mise en concurrence jugée curieuse par la Cour.
En général, n'y a pas eu d'évaluation de l'intérêt des dépenses et de leur impact, déplore aussi Philippe Séguin, qui estime que l'Union devrait à l'avenir mieux encadrer et organiser ces
dépenses.
Le Quai d'Orsay se justifie
Paris a strictement respecté l'enveloppe budgétaire allouée pour financer sa présidence en 2008 de l'UE, a affirmé mercredi le ministère français des Affaires étrangères. Cette
enveloppe était "de 180 millions d'euros et 170 millions ont été effectivement dépensés, soit à l'arrivée une économie de 10 millions d'euros", a précisé le porte-parole du Quai
d'Orsay, Bernard Valero.
"A titre comparatif, la présidence française de l'UE a mobilisé des ressources budgétaires inférieures à celles de la dernière présidence allemande de 2007, par exemple",
a-t-il plaidé. La présidence française a voulu "rapprocher l'Union européenne des Français", ce qui a conduit à l'organisation partout en France de réunions, et souhaitait aussi
ne négliger aucun sujet, a argumenté le porte-parole, citant aussi "un nombre accru de réunions" non prévues sur le conflit opposant Georgie à Russie et la crise financière
internationale.
S'agissant enfin du sommet de l'Union pour la Méditerranée (UPM) du 13 juillet 2008, au coût de plus de 16 millions d'euros pointé du doigt par la Cour des Comptes, le Quai d'Orsay a
souligné que la France ne disposait plus à Paris de centre de conférences internationales, d'où des dépenses supplémentaires d'aménagement du Grand Palais, le site de la conférence.
Les politiques français s'emparent de l'affaire
Le député apparenté PS René Dosière s'est indigné mardi des révélations du rapport de la Cour des comptes sur le coût des six mois de la présidence
française de l'UE, dénonçant des "dépenses incroyables, insupportables et inacceptables". Le député de l'Aisne cite le Sommet de Paris du 13 juillet 2008 et fustige
"un dîner des chefs d'Etat pour un coût de 1.010.256 euros, soit 5.050 euros par personne", et "l'installation -pour 4 heures !- d'une douche à
l'usage du président, pour un prix de 245.772 euros".
Côté majorité, le porte-parole de l'UMP Frédéric Lefebvre a critiqué mercredi la "malhonnêteté intellectuelle" et les "mensonges" de René Dosière. "Rappelons ce que
souligne la Cour de comptes: ce budget global est comparable à celui de la présidence allemande; il est même inférieur", a déclaré le porte-parole, avant de tenter de réfuter, point par
point, chaque argument énuméré. "Aucun repas n'a coûté plus de 5000 euros par personne; c'est en globalisant le coût d'aménagement du lieu qui a servi au Sommet, que René Dosière
arrive à cette somme", affirme-t-il par exemple.
Au gouvernement, Eric Woerth, ministre du Budget, a affirmé qu'"en réalité, 151 millions ont été dépensés (...). Ca a coûté moins cher que prévu", face à un budget
initial de 189 millions d'euros, selon lui. Le budget de la présidence de l'UE a représenté 2,40 euros par Français et 6,70 euros par habitant au Portugal, a cité en exemple le
ministre, estimant qu'"on n'a pas à rougir du coût de la présidence" française.
La semaine dernière, le sénateur centriste Jean Arthuis avait jugé que le coût de la présidence française était "élevé" par rapport à celui des autres
pays (autour de 70 millions). Le président de la commission des Finances du Sénat, commanditaire d'un rapport sur le sujet à la Cour des comptes, soulignait lui aussi,
toutefois, que le coût final était inférieur de 28 millions d'euros aux prévisions. Mais cela dit, il relevait que, selon la Cour des comptes, "certaines dépenses n'(avaient) pas été
intégrées" et avaient été prises en charge soit par l'UE soit par des collectivités territoriales. "Il faut donc ajouter une trentaine de millions qui ont été
ainsi 'sponsorisés'."
Enfin, mercredi, le président UMP de la commission des Affaires européennes du Sénat, Hubert Haenel, "s'est étonné que la présidence française
soit stigmatisée".
28/10/2009 Info France 3