Le premier ministre François Fillon (au centre), avec le ministre de l'Immigration, Eric Besson (à gauche)
AFP - Martin BUREAUEn premier lieu, il a prévu la mise en place d'une "commission de personnalités" chargée d'"approfondir le débat" et de proposer de nouvelles mesures, une façon de mettre un terme aux critiques sur la gestion du débat.
La commission sera placée sous l'autorité d'Eric Besson dont M. Fillon a salué le "courage" et la "générosité" dans le débat.
Parmi les mesures, le Premier ministre prévoit l'affichage dans chaque classe de la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen. En outre, sera
créé un carnet du jeune citoyen qui suivra chaque enfant de la primaire au lycée, à partir de la rentrée 2010. Les programmes d'éducation civique seront renforcés.
Pour François Fillon, la fierté d'être français "doit s'accompagner d'un meilleur respect des symboles de la République". Dans ce but, le drapeau tricolore sera dressé dans chaque école à
l'occasion de la Fête nationale.
La journée d'appel et de préparation à la Défense, mise en place après la suppression du service militaire en 1997, sera également transformée en "rendez-vous citoyen." De même, le nouveau
service civique actuellement en discussion à l'Assemblée nationale, qui permet à des jeunes majeurs de s'investir sur une base volontaire, sera accompagné d'une "formation civique
complémentaire".
Le "contrat d'accueil et d'intégration" pour les étrangers sera par ailleurs renforcé. "L'accent sera mis sur le respect des valeurs de la République", a insisté le Premier ministre.
Le "principe d'égalité" entre les hommes et les femmes sera mis en avant et le niveau de connaissance de la langue française sera renforcé. Dans le même esprit, l'opération "école ouverte"
aux parents d'enfants étrangers, expérimentée dans 12 départements depuis 2008, sera généralisée.
Enfin, l'accès à la nationalité française sera solennisé par la "pratique plus systématique" des cérémonies d'accueil et la signature d'une charte des
droits et des devoirs.
Un séminaire pour siffler la fin du débat ?
Rejetant le reproche d'une instrumentalisation pour chasser sur les terres de l'extrême droite à la veille des régionales, le Premier ministre a affirmé que le débat se poursuivrait "durant
tout le quinquennat". D'ailleurs, a-t-il annoncé, Nicolas Sarkozy s'exprimera à nouveau sur ce thème en avril.
Le chef de l'Etat devait initialement intervenir lors d'un colloque animé par Eric Besson le 4 février, colloque remplacé in extremis par ce séminaire qui a rassemblé 30 membres du
gouvernement. Certains ont fait faux bond comme le haut commissaire aux Solidarités
actives, Martin Hirsch, qui n'a jamais caché ses réserves sur la question.
Officiellement, ce séminaire avait pour but de faire "un point d'étape" dans le débat lancé en octobre 2009 par le ministre de l'Immigration et de l'identité nationale Eric Besson, et
de formuler des propositions. Mais pour la presse et pour la gauche, l'objectif était en fait d'arrêter "les dégâts" d'une initiative très controversée à quelques semaines
des élections régionales. "Un enterrement en petite pompe", a résumé l'ex-numéro un du PS François Hollande.
Les Propositions qui émergent après trois mois de discussions
Eric Besson a annoncé lundi matin sur France
Inter qu'il allait entreprendre un "tour de France" "après" le scrutin régional, et communiquer sur le "bilan" et les "décisions" gouvernementales vis-à-vis des propositions
issues du débat. Une manière de démentir que son initiative avait des visées électoralistes, comme il en a été souvent accusé.
Certaines propositions émanant des 350 réunions publiques en trois mois à travers la France ou des 55.000 contributions sur le site du ministère semblent avoir retenu l'attention
d'Eric Besson.
Il s'agit notamment de la mise en place d'un service civique pour les jeunes (une proposition de loi en ce sens, adoptée jeudi par les
députés, devrait être soumise de nouveau au Sénat fin février ou en mars), de la valorisation des symboles de la République, de la mise en oeuvre des cérémonies et commémorations dans une
perspective plus large et festive. Est également évoqué un renforcement de la lutte contre le communautarisme et les discriminations.
D'autres propositions sont centrées sur l'immigration et l'islam, deux thèmes omniprésents dans les discussions. Elles concernent la création
d'une "autorisation de séjour à points" rendant plus effectives les sanctions se rapportant au non-respect des lois et des valeurs de la République. Pour les étrangers
souhaitant la naturalisation, est suggérée l'idée d'un "nouveau contrat avec la nation" considérant comme un défaut d'assimilation "une pratique
radicale de la religion". A contrario, les efforts exceptionnels d'intégration devraient être récompensés.
La secrétaire d'Etat à la Famille, Nadine Morano, a précisé dimanche qu'elle proposerait d'inclure dans le contrat d'accueil et d'intégration des étrangers, en vigueur
depuis juillet 2007, une mention indiquant que la France est opposée au port du voile intégral et aux mutilations sexuelles féminines.
Les conséquences politiques
A la tête de l'exécutif, on se défend de chercher à enterrer une initiative
contestée, qualifiée par l'opposition de "manoeuvre" à l'approche des élections régionales, et d'entreprise de "stigmatisation" de la communauté musulmane. Ce débat, "utile et
nécessaire", est appelé à se pérenniser, assurent des sources gouvernementales citées par Reuters, même si on concède des dérapages.
"Ce débat a été mal embarqué, il fallait une proposition de sortie. Il y a eu des dérapages, la question du voile qui est venue polluer le débat, d'où l'intérêt de tenter d'en
sortir par le haut", assurait lundi une source gouvernementale.
Aujourd'hui, nombreux sont les élus de la majorité qui craignent que ce débat ne coûte des voix au camp présidentiel lors des élections régionales des 14 et 21 mars. Eric
Besson, qui dit tout "assumer", estime au contraire que sa démarche a démontré l'aspiration des Français à un "renouveau du pacte républicain". Selon une enquête TNS Sofres, qui
n'a pas n'interrogé les personnes sélectionnées sur le bien-fondé du débat, 65 % des sondés estiment que l'identité nationale a tendance à s'affaiblir.
L'ancien premier ministre socialiste Laurent Fabius a déploré pour sa part "un constat d'échec". "Cela n'a pas fonctionné, les gens ne sont pas dupes", a-t-il déclaré,
imputant au gouvernement des arrière-pensées électorales pour capter une partie de l'électorat du Front national.
Pour l'historien Benjamin Stora, le ministre de l'Immigration a commis "une erreur politique". "Il aurait fallu mettre les intellectuels et les historiens dans le coup. Les
interroger, les consulter, les impliquer. Eric Besson ne l'a pas fait. Il est parti seul et son débat ne pouvait que s'enliser", a-t-il expliqué au Journal du Dimanche.
La presse critique
Pour les éditorialistes de la presse écrite publiée lundi matin, le séminaire gouvernementale devrait surtout permettre d'arrêter "les dégâts" d'une initiative très
controversée.
"Après trois mois de solides réticences et de sérieux dérapages, mieux valait arrêter les débats et les dégâts", estime François Ernenwein dans La Croix. Dans La
Montagne, Daniel Ruiz considère que le débat sur l'identité nationale "est devenu un gueuloir et s'est égaré dans une totale confusion entre le politique et le
religieux".
Une enquête de TNS Sofres montre que pour trois personnes interrogées sur quatre, il existe une identité française mais "ce sondage est à la
mesure du débat sur l'identité nationale : nul", tranche Francis Brochet dans Le Progrès de Lyon. Pour Olivier Picard, dans Les Dernières Nouvelles
d'Alsace, "il est temps d'en finir, en effet, avec le grand n'importe quoi cacophonique qui a fait dériver une réflexion intellectuellement légitime vers un 'défouloir' souvent
indigne d'une grande démocratie".
Certes, Patrice Chabanet (Journal de la Haute-Marne) juge que le débat "a permis de faire remonter à la surface une dimension essentielle de notre identité française: la
laïcité". Mais Olivier Pirot rappelle dans La République du Centre Ouest qu'il "ne doit pas devenir l'opium de la politique, alors que les Français ont bien d'autres préoccupations".
Dans La Charente Libre, Dominique Garraud souligne que le chef de l'Etat "Nicolas Sarkozy a compris trop tard les effets pervers de la promotion ex nihilo de l'identité
nationale qui, au bout du compte, pourrait bien profiter au Front éponyme". Il revient donc au premier ministre François Fillon de faire "jouer un requiem sur un tempo de marche militaire"
au sujet d'un "thème ô combien cacophonique", commente Rémi Godeau dans L'Est républicain.
"Opération de sauvetage", selon Jacques Camus (La République du Centre), la réunion de Matignon s'apparente plutôt à "un séminaire aux allures d'enterrement", conclut
Jean-Laurent Truc dans Le Midi libre.
08/02/2010 Info France 3