Partager l'article ! Devoir de réserve Prix Goncourt: Bernard Pivot défend Marie NDiaye: Liberté d’expression : "Le devoir de réserve des Goncour ...
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Bernard Pivot (en 2007)
© AFP/ALAIN JOCARD
"Ce serait bien mal connaître les écrivains que de croire qu'il existe",
a déclaré mercredi Bernard Pivot.
"Ce qui est vrai, c'est que le Goncourt renforce une position, donne... une légitimité. Mais les propos que tiennent les lauréats n'engagent qu'eux-mêmes, ils n'engagent en aucun cas
l'Académie Goncourt et encore moins la France".
Autre membre du jury Goncourt, Françoise Chandernagor rappelle pour sa part que
"le devoir de réserve n'existe en droit que pour les fonctionnaires".
"Nous ne dépendons pas de l'Etat pour donner le Prix Goncourt qui est de 10 euros", a-t-elle souligné, estimant qu'Eric Raoult, à
l'origine de la polémique, est "complètement à côté de la plaque sur le plan politique et juridique".
Marie NDiaye veut calmer la polémique ...
De son côté, dans une interview diffusée mercredi sur
Europe 1, l'écrivain a tenu à calmer la polémique et a rejeté l'idée d'un exil politique. "C'est très excessif. Je ne veux pas avoir l'air de fuir je ne sais quelle tyrannie insupportable",
a-t-elle assuré. "Depuis quelques temps, je trouve l'atmosphère en France assez dépressive, assez morose. Il me semble qu'à Berlin, elle est plus exaltante", a-t-elle expliqué. Interrogée sur
un lien direct entre son départ de France et l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République, elle a répondu : "Je ne crois jamais qu'un seul homme puisse faire un
pays".
La lauréate du Goncourt demande à Frédéric Mitterrand de donner son avis

Plus tard sur France Info mercredi, Marie NDiaye a déclaré : "J'aimerais beaucoup que Frédéric Mitterrand intervienne dans cette
histoire puisque c'est à lui que M. Raoult s'est adressé, et nous donne son avis sur le devoir de réserve des Prix Goncourt et même tout simplement des écrivains", a ajouté la
lauréate. "Ce serait bien, a-t-elle ajouté, qu'il nous donne son avis et mette un point final à cette affaire, qui est quand même assez simple"
Eric Raoult avait demandé au ministère de la Culture de rappeler la lauréate Goncourt au "devoir de réserve"
Le maire UMP du
Raincy (Seine-Saint-Denis) a posé la semaine dernière une question écrite au ministère de la culture, appelant les Goncourt au "devoir de réserve", suite à une interview, publiée en
août dans les Inrockuptibles, de Marie NDiaye, devenue depuis lauréate du Goncourt 2009.
"Les prises de position de Marie Ndiaye, Prix Goncourt 2009, qui explique dans une interview parue dans la presse, qu'elle trouve "cette France [de Sarkozy]
monstrueuse", et d'ajouter "Besson, Hortefeux, tous ces gens-là, je les trouve monstrueux", sont inacceptables", écrit Eric Raoult. " Ces propos d'une rare violence, sont peu
respectueux voire insultants, à l'égard de ministres de la République et plus encore du Chef de l'État. Il me semble que le droit d'expression ne peut pas devenir un droit à l'insulte ou au
règlement de compte personnel. Une personnalité qui défend les couleurs littéraires de la Francese doit de faire preuve d'un certain respect à l'égard de nos institutions, plus de respecter le
rôle et le symbole qu'elle représente. C'est pourquoi, il me parait utile de rappeler à ces lauréats le nécessaire devoir de réserve, qui va dans le sens d'une plus grande exemplarité et
responsabilité. Il lui demande donc de lui indiquer sa position sur ce dossier, et ce qu'il compte entreprendre en la matière ?»
Marie NDiaye aux Inrockuptibles : "nous sommes partis juste après les élections, en grande partie à cause de Sarkozy"
Dans un entretien publié au mois
d'août par le journal Les Inrockuptibles, la journaliste Nelly Kapriélian demandait à Marie NDiaye si elle se sentait
bien "dans la France de Sarkozy". La romancière, qui s'est vu attribuer le 2 novembre le prix Goncourt 2009 au premier tour pour "Trois femmes
puissantes" (Gallimard), avait répondu :
"Je trouve cette France-là monstrueuse. Le fait que nous (avec son compagnon, l’écrivain Jean-Yves
Cendrey, et leurs trois enfants) ayons choisi de vivre à Berlin depuis deux ans est loin d’être étranger à ça. Nous sommes partis juste après les élections, en grande partie à cause de Sarkozy,
même si j’ai bien conscience que dire ça peut paraître snob. Je trouve détestable cette atmosphère de flicage, de vulgarité…Besson, Hortefeux, tous ces gens-là, je les trouve
monstrueux. Je me souviens d’une phrase de Marguerite Duras, qui est au fond un peu bête, mais que j’aime même si je ne la reprendrais pas à mon compte, elle avait dit : “La droite, c’est la
mort.” Pour moi, ces gens-là, ils représentent une forme de mort, d’abêtissement de la réflexion, un refus d’une différence possible. Et même si Angela Merkel est une femme de droite, elle n’a
rien à voir avec la droite de Sarkozy : elle a une morale que la droite française n’a plus."
C'est bien la première fois, semble-t-il, qu'on évoque le "devoir de réserve" pour un lauréat du Goncourt. Qui plus est, un "devoir de
réserve" rétroactif puisque l'interview de Marie NDiaye avait été publiée en août, plus de deux mois avant qu'elle ne reçoive le prix
Goncourt.
11/11/2009 Info France 3