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Forêt de Haguenau
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En proie à une sécheresse sans précédent depuis 2001, le sud-ouest australien est devenu peu propice aux cultures
intensives de céréales et à l'élevage bovin. La raréfaction des ressources en eau a conduit le gouvernement fédéral a mettre en place un système de marchés de droits d'accès qui permet de mieux
gérer les réserves en eau tout en encourageant la conversion des agriculteurs à de nouvelles cultures, moins demandeuses d'irrigation.
« L’Australie est peut être le premier pays à réellement vivre les conséquences du changement climatique. » Kévin Parris, économiste à la direction des
échanges et de l’agriculture de l’OCDE, observe la situation hydrique de l’Australie se dégrader mois après mois. Et pour cause : depuis 2001, le continent est en proie à une sécheresse sans
précédent.
Le bassin de Murray-Darling
s'assèche
Triste symbole de cette situation : le bassin de Murray-Darling, région agricole du sud-ouest australien. Cette zone fluviale de la taille de la France a perdu environ 200 km3 d’eau entre 2000 et
2008, d’après une récente étude scientifique franco-australienne. Le débit du fleuve Murray qui la traverse a chuté quant à lui de 80% sur cette même période. Or, avant la sécheresse, le bassin
fournissait 40 % des produits agricoles du pays, dont 72% des cultures irriguées nationales, pour un marché annuel de 21 milliards de dollars australiens d’exportations agricoles. Si
l'agriculture ne représente que 3 % du PIB australien, elle pèse en revanche plus d'un tiers des exportions nationales. La situation pour les 60 000 exploitants agricoles de la région est donc
devenue de plus en plus critique.
En 2006, quand la sécheresse s’est aggravée, le gouvernement fédéral de Canberra a alors proposé un plan radical : les
États qui se partageaient le bassin devaient renoncer à sa gestion. L’Australie Méridionale, les Nouvelles Galles du Sud, l’État de Victoria et celui de Queensland ont mis 15 mois à accepter ce
plan. Car la gestion des ressources en eau du bassin était devenue trop complexe. Chaque Etat distribuait en effet aux agriculteurs des quotas d'utilisation d'eau pour leurs systèmes de retenues
dédiées à l'irrigation. Lorsque les exploitants n'utilisaient pas toute leur eau allouée, ils pouvaient la vendre à un exploitant voisin, via une marché très peu réglementé et variable selon les
États.
La fin de la sur-allocation des droits en eau et la création d'un nouveau marché
L'eau se faisant de plus en plus rare, la distribution de ces droits d'allocation États par État est devenue incohérente. Finalement, la gestion du bassin est donc revenue aux mains de
gouvernement fédéral, qui, en contrepartie, a investi 10 milliards de dollars australiens dans le rachat de ces droits d'allocation et dans la rénovation des infrastructures d’irrigation. La
création de l’Autorité de gestion du bassin de Murray-Darling, fin 2008, dotée d'un réel pouvoir contraignant, a permis, en outre, au gouvernement de revoir à la baisse les permis d'irriguer dans
chaque État. Le véritable enjeu auquel doit faire face le gouvernement est donc la surpression des sur-allocations. Ces droits d’accès à l’eau de plus de 5 000 Giga Litres (GL) annuels étaient en
effet indexés sur une capacité hydraulique du bassin devenue obsolète. Octroyés aux habitants quand le fleuve Murray jouissait d’un débit de 8 900 GL par an, ils n'ont aujourd'hui plus de
légitimité, ce débit ayant chuté à 1600 GL annuels. D'ici à 2030, les agriculteurs du bassin pourraient ainsi se voir privés de la totalité de leurs allocations en eau 80 % du temps. Une décision
qui a déjà porté ses fruits : la quantité d'eau irriguée a déjà été divisée par deux. D'après Kévin Parris, « En 1990, le taux moyen d’irrigation était de 9ML/ha d’eau, en 2005, il était tombé à
4ML/ha ! Pour l’heure, c’est le seul pays membre de l’OCDE a avoir réalisé cette économie. Les autres pays ont réduit la part d’eau consacrée à l’irrigation de 15 % maximum. Et si 50% de l'eau
utilisée pour l'irrigation a été économisée, la quantité globale de production n'a pas diminué ! »
Cette diminution drastique est évidemment due en grande partie aux conséquences naturelles de la sécheresse. Mais pas
seulement : l’amélioration de l'efficacité des équipements, et surtout, la nouvelle politique menée par le gouvernement fédéral ont un véritable impact. Cette dernière passe par deux leviers :
une augmentation du prix de l’eau (qui devrait globalement doubler dans les dix prochaines années), et surtout, la création d’un marché d’échanges de droits d’accès à l’eau, depuis le début des
années 2000. Ce marché a été rendu possible par une évolution réglementaire déterminante : les droits d'accès à l’eau ont été dissociés des titres de propriété foncière, afin d'en faciliter le
libre négoce.
Changer de cultures
Grâce à ce nouveau mécanisme, de nombreux exploitants ont pu cultiver des produits comme la vigne, moins gourmands en eau que le maïs ou le riz, et
revendre l’eau inutilisée aux collectivités ou aux agriculteurs voisins, le tout dans un système géré à l'échelle des bassins. Ceci explique le maintien de la production totale. De sorte
qu'aujourd'hui, la diversification des cultures est perçue comme la condition sine qua non de survie des exploitants agricoles. Notamment par les ONG environnementales, pour qui la politique
nationale ne suffira pas à résoudre une crise de cette ampleur. Dorénavant, le coton, les céréales, le bœuf ou le riz ne sont plus des cultures viables dans ce pays devenu sec. Kévin Parris
rappelle qu'« au début les agriculteurs étaient un peu récalcitrants, mais devant l’ampleur de la sécheresse et de la pénurie d’eau, ils ont finalement joué le jeu. » L'État soutient les
reconversions à hauteur de 10% du coût de l'eau, et investit dans de nouvelles infrastructures sur tout le territoire. « Mais le gouvernement préfère miser sur cette nouvelle politique tarifaire
plutôt que d'investir dans de grands projets coûteux. L'efficacité est plus rapide, et les dépenses moins lourdes».
Novethic MSN Chaine Verte par Anne Farthouat 18/08/2009