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Forêt de Haguenau
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Dans les archives de «Libé».
Février 1992, la Nasa révèle qu’après l’Antarctique le nord de l’Europe est à son tour touché par la dépression de la couche d’ozone. S’ensuit un emballement de
décisions.
L'amincissement de la couche d'ozone se poursuit. Et cette fois, l'hémisphère Nord est concerné. Des satellites ont vu, au-dessus de
l'Europe, la diminution du précieux gaz et des sondes ont mesuré de grandes quantités de chlore, dévoreur d'ozone. L'information, révélée par la Nasa, a aussitôt fait rebondir la polémique.
Le «trou» est-il dû aux CFC (chlorofluorocarbones), à l'éruption du volcan Pinatubo, voire à une remontée d'air tropical, et d'ailleurs existe-t-il ? Quoi
qu'il en soit, les réactions ne se font pas attendre : George Bush a promis qu'après 1995, il n'y aura plus d'émissions de CFC aux Etats-Unis et les ministres de l'Environnement de la CEE lui
emboîteront peut-être le pas, ce week-end à Lisbonne.
Dans l'hémisphère Nord, le printemps risque d'être radieux. Ou plutôt très rayonnant tant la couche naturelle d'ozone qui
filtre une partie des ultra-violets solaires s'est amincie par endroits : en s'appuyant sur des données collectées par leur avion ER-2, les responsables de la Nasa ont rendu publique le
3 février une série de calculs «impliquant des taux de destruction de l'ozone arctique due aux activités humaines de 1 %à 2 % par jour». Immédiatement, le même jour, les Européens de
l'European Arctic Stratospheric Ozone Experiment (EASOE) confirment la dépression d'ozone au-dessus du nord de l'Europe. La baisse d'ozone de 1 % à 2 %, calculée et non directement
mesurée par la Nasa, ne concerne en fait qu'une région de 2 000 km2 au-dessus de l'Europe, à un instant précis du mois de janvier dernier, vers 18 km à 20 km
d'altitude.
Rien à voir avec le «trou d’ozone» de l’Antarctique, où l’ozone peut chuter jusqu’à 50 % lors de l’été austral au-dessus d’un continent de 15 millions de km2. Seulement voilà, l’inquiétude s’abat cette fois non loin de pays très peuplés. Les réactions politiques ne se font donc pas attendre : une semaine après l’annonce, le Sénat américain, par un vote unanime, appelle les autorités à passer à la vitesse supérieure pour éradiquer les CFC. Et le 11 février, Bush promet qu’après 1995, il n’y aura plus d’émissions de CFC aux Etats-Unis. Ces produits chlorés destructeurs de la couche d’ozone. Soit cinq ans avant la date butoir fixée à Londres en juin 1990 par la communauté internationale. Les Allemands avaient déjà décidé unilatéralement de se passer des CFC en 1995. Quant aux Britanniques, aussitôt après l’annonce américaine, ils ont renchéri en proposant non seulement une élimination totale de production des CFC en 1995 mais aussi une réduction de 85 %, dès 1994.
Hier, et pendant tout ce week-end, les ministres de l’Environnement de la CEE réunis à Lisbonne, emboîteront peut-être le pas au président Bush. «La disparition de l’ozone, le danger se rapproche», titre le 17 février l’hebdomadaire américain Time. Pour le grand public, cela sonne comme une alerte, mais pour les chercheurs c’est déjà une vieille histoire. Tout démarre en 1972. C’est à cette époque que l’on commence à évoquer la destruction de l’ozone. Un calcul du chimiste américain H. Johnston montre que les oxydes d’azote détruisent la précieuse molécule. Au banc des accusés : les avions supersoniques et leurs effluves. Mais on n’a à l’époque qu’une connaissance très imparfaite de la chimie de l’atmosphère. Des études ultérieures vont largement amoindrir les effets destructeurs de ces gaz et même suggérer que les avions de ligne contribuent à créer de l’ozone ! En 1974, on tient enfin de vrais coupables : les CFC, identifiés par les chimistes américains Rowland et Molina grâce à une dizaine de stations Dobson à travers le monde. Ces produits industriels créés dans les années 30 augmentent sans cesse : environ 4 % par an dans les années 80. Mais pour l’heure, l’inquiétude reste théorique et la surveillance irrégulière. Mai 1985, une bombe : Joe Forman du British Antarctic Survey crie au «trou». Fort de mesures au sol et par satellites, il annonce que depuis une quinzaine d’années l’ozone se creuse tous les ans au mois d’octobre entre 16 et 25 km au-dessus des manchots du pôle Sud !
Le «trou d’ozone» est né dans le Grand Sud, il ne quittera plus l’inconscient collectif. Les politiques s’en emparent. Le 16 septembre 1987, les représentants de 24 pays signent le protocole de Montréal : il prévoit de ramener en 1999 la consommation des CFC à la moitié de son niveau de 1986. Après Montréal, le pôle Nord va à son tour faire l’objet d’une observation approfondie, en particulier par les Européens dans le cadre des missions Cheops (Chemistry of Ozone in the Polar Stratosphere). Trois ans plus tard, devant la persistance des baisses saisonnières d’ozone stratosphérique, non seulement en Antarctique mais aussi en Arctique, les signataires de Montréal et de nouveaux pays conviennent à Londres de supprimer toute production de CFC en l’an 2000 et de créer un Fonds d’aide aux pays du Sud afin qu’ils disposent au plus vite de substituts chimiques.
Depuis sept ans chimistes, chercheurs et industriels sont mobilisés. Et si aujourd’hui «l’affaire du trou d’ozone»
rebondit, ce n’est pas seulement parce que la baisse d’ozone est une tendance confirmée, ni même parce que le «trou» serait passé au Nord. C’est avant tout à cause d’une convergence d’intérêts
divers à la faveur du calendrier électoral américain entre industriels, politiques, journalistes et chercheurs. Le coup de menton du président candidat Bush, est surtout à usage interne :
c’est une façon de faire oublier à son opinion publique qu’en quatre ans il s’est plus souvent opposé aux efforts d’assainissement de l’atmosphère terrestre qu’il n’a pris d’initiatives dans
ce sens.
Liberation Vincent Tardieu 3/10/2009 News Yahoo