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Forêt de Haguenau
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Mikhaïl Gorbatchev est de passage à Strasbourg pour la première fois depuis le 6 juillet 1989, date à laquelle son
discours participa directement à la fin de la guerre froide entre le bloc atlantique et le bloc lié au Kremlin.
En 1989, Gorbatchev était comme hier l'invité du Conseil de l'Europe à Strasbourg, ce qui souligne le rôle majeur et précurseur de cette institution dans le rapprochement entre l'ouest et
l'est (*).
Il y a vingt ans, Gorbatchev, n°1 de l'Union soviétique, était un des personnages centraux de la planète. L'époque était encore marquée par la bipolarité de Yalta mais le bloc soviétique
était déjà en train de craquer. En mai 1989, la Hongrie avait ouvert sa frontière avec l'Autriche. En juin, les anticommunistes de Pologne, sous la houlette du syndicat Solidarnosc (Solidarité),
avaient remporté une victoire historique aux législatives, jouant les pionniers dans un jeu de dominos promis à l'effondrement en cascade. En novembre 1989, le mur de Berlin s'ouvrait. Et à la
fin de 1991, l'URSS implosait en une multiplicité d'Etats indépendants.
Associé par les Russes à la fin peu glorieuse de l'URSS, Gorbatchev a toujours été mieux aimé à l'étranger que dans son pays.
Boudé par les Russes, il est un conférencier prisé à travers le monde
Il a bien tenté une candidature à l'élection présidentielle russe de 1996, sans succès contre son adversaire
Eltsine. Il a ensuite tenté de créer des partis politiques qui n'ont pas trouvé davantage d'audience auprès de ses compatriotes. C'est en mettant son image au service de la cause écologiste qu'il
a oeuvré au cours de la dernière décennie.
Aujourd'hui, à 78 ans, Gorbatchev fait partie, comme Bill Clinton, 63 ans, des conférenciers les plus demandés de la planète. C'est donc un honneur pour Strasbourg de le recevoir pendant
ces deux jours. Hier, il a déjà commencé à jouer brillamment son rôle de vieux sachem de la politique, distribuant coups de griffes et satisfecits, ainsi qu'on le lira ci-dessous dans l'interview
qu'il a donnée aux Dernières Nouvelles d'Alsace et à ARTE.
Qu'on l'interroge sur la Russie de 2009 ou sur sa critique implicite, en 1989, de la sclérose qui paralysait l'Allemagne de l'est, Gorbatchev embraie au
quart de tour. Il n'est plus aux affaires, c'est un retraité de la politique, mais ce recul lui donne tout loisir de réfléchir avec acuité au monde d'aujourd'hui.
En habitué des interviews, il fait mine de s'offusquer de l'une ou l'autre question posée par les journalistes, mais c'est pour s'emparer aussitôt du sujet avec la gourmandise d'un vieux
félin ravi qu'on lui offre une proie. Ses yeux brillent derrière ses lunettes et c'est un plaisir d'entendre s'exprimer le dernier dirigeant de cet étonnante et temporaire chimère politique que
fut l'Union des Républiques socialistes soviétiques (1922-1991).