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Une équipe de la Harvard Medical School dirigée par Andrew Chan a suivi deux cohortes de 1 279 patients atteints de
cancers colo-rectaux (de différents stades de gravité). 549 d'entre eux prenaient de l'aspirine quotidiennement après le diagnostic de cancer. Dans ce groupe ont été observés 193 décès dont 81
morts directement du fait de la maladie cancéreuse. À l'inverse, parmi les 730 participants ne prenant pas d'aspirine, il y a eu en tout 287 morts (dont 141 dues à leur maladie).
Autrement dit, son usage quotidien chez des cancéreux diminue de 29 % la mortalité causée par le cancer colo-rectal, et de 21 % la mortalité
générale. Les résultats de cette étude sont parus dans le Journal of the American Medical Association daté du 12 août.
Effets secondaires négatifs
Voici une trentaine d'années, Michael Sporn, professeur de pharmacologie médicale à la Dartmouth Medical School, avait baptisé «chimioprévention» l'usage par voie orale des médicaments, ou suppléments vitaminés censés réduire le risque de cancers. Mais cette recherche en chimioprévention, malgré l'espoir qu'elle suscita et l'ampleur des financements qu'elle obtint, n'a pas donné de résultats efficaces, et les produits proposés se sont avérés trop toxiques pour un usage généralisé.
Seule l'aspirine avait été trouvée efficace comme agent de chimioprévention potentiel contre un certain nombre de cancers, dont le cancer colo-rectal.
De nombreuses études d'observation de cas et des essais en double aveugle avaient déjà établi l'efficacité de l'aspirine contre le développement d'adénomes et de polypes coliques. Celle-ci agit en effet comme un inhibiteur des enzymes cyclooxygenase 2 (COX2) qui sont surexprimées dans 80 à 85 % des cancers du colon et du rectum.
Pourtant, l'aspirine n'a pas pu être recommandée comme produit de prévention de ces cancers du fait de ses effets secondaires négatifs.
Elle provoque en effet des irritations gastro-intestinales et des saignements digestifs. On connaît aussi les défauts dont ont fait preuve les
autres inhibiteurs des COX 2, comme le Vioxx : malgré leur plus faible toxicité gastro-intestinale que celle de l'aspirine, leur grave toxicité cardiovasculaire en a limité l'usage
(Merck a retiré en septembre 2004 le Vioxx). Qui sait, demain, l'aspirine pourrait devenir un médicament anticancer adjuvant. L'étude publiée mercredi relance cette hypothèse : de nouveaux
essais cliniques sont déjà programmés dans ce sens.
Le Figaro News Yahoo 14 aout 2009