Le phare historique du Cap Hatteras a été construit en 1870 sur une plage de sable à plus de 400 m du rivage. On
pensait qu’il serait à l’abri des vagues. Il l’était, du moins pendant un siècle. Mais dans les années 1970, les vagues de plus en plus hautes ont commencé à menacer ses fondations. Le phare
s’est quasiment retrouvé les pieds dans l’eau.
Pour préserver le bâtiment, le phare en briques le plus haut des U.S.A., le Service des parcs nationaux l’a déplacé à
plus de 800 m à l’intérieur des terres — un exploit technique qui a nécessité une décennie de préparation et 10 millions de dollars aux contribuables.
Les propriétaires terriens de l’Outer Banks perdent également du terrain. Beaucoup de touristes viennent sur le littoral qui est maintenant bordé de résidences, explique Doug Stover,
directeur des ressources culturelles du Parc national du littoral de Cap Hatteras. "Ce qui se produit, c’est que le sable disparaît et qu’on est obligé de se faire livrer du sable par
camion... pour préserver sa maison."
L’impact du réchauffement climatique sur le niveau des océans
La montée du niveau de la mer est l’une des conséquences les plus évidentes du réchauffement climatique. Et pour plusieurs raisons. Tout d’abord, la fonte des glaciers et des calottes
polaires ajoute de l’eau dans les océans. Les glaciers sont de l’eau solidifiée conservée sur terre, mais lorsque d’énormes blocs de glace fondent dans la mer, le volume d’eau augmente. (Ce
concept est simple à illustrer : il suffit d’ajouter des glaçons dans un verre déjà plein d’eau pour qu’il déborde. Cette eau supplémentaire représente l’eau issue de la fonte des
glaciers.)
Par ailleurs, l’eau occupe un volume plus important lorsqu’elle est chaude. Aussi, si la température de l’eau
s’accroît, la même quantité d’eau sera plus volumineuse. Ce qui fait monter le niveau de la mer.
Les risques se multiplient avec la montée des eaux
La montée du niveau de la mer est doublement dangereuse pour le littoral. Non seulement les terres sont inondées, mais des vagues plus grosses érodent les côtes. Ainsi, les personnes qui
résident en bord de mer font face à plusieurs problèmes : des risques d’inondation accrus, des dégâts sur leur propriété et des polices d’assurance plus élevées. (L’augmentation des taux
d’assurance concerne également tous les contribuables puisque le gouvernement fédéral subventionne de nombreuses propriétés sur le littoral.)
Le cas du phare du Cap Hatteras illustre la façon dont le réchauffement climatique met
en péril les propriétés du littoral. Lorsque les scientifiques de l’Académie nationale des sciences ont évalué les problèmes du phare, ils ont découvert deux principales raisons pour
l’érosion des fondations : la montée du niveau de la mer et les tempêtes. On s’attend à ce que la violence des ouragans se renforce avec la dégradation du
climat.
Sur le plan sanitaire, la montée du niveau de la mer contamine les réserves d’eau douce avec de l’eau salée. Des
villes telles que Philadelphie, New York (la réserve contre la canicule) et une grande partie de la Central Valley californienne sont concernées.
Une menace mondiale
Au cours du 20ème siècle, le niveau de la mer a augmenté de 10 à 20 cm, soit dix fois le niveau moyen sur les trois derniers millénaires. Cette tendance
alarmante menace toutes les communautés du littoral puisque la moitié de la population américaine vit près des côtes.
D’autres parties du monde sont particulièrement exposées. Des inondations plus fréquentes liées à la montée du
niveau des océans menacent les régions du Nil en Egypte, du Mékong au Vietnam et au Cambodge, du Gange et du Brahmapoutre au Bangladesh, ainsi que d’autres
fleuves du monde. Entourée d’eau, Venise s’enfonce dans l’eau. Tout comme la Cité des Doges italienne, c’est l’ensemble de la Louisiane qui risque d’être
englouti.
Les scientifiques s’attendent à ce que le niveau de la mer continue d’augmenter par
l’homme de 10 à 100 cm d’ici la fin du siècle à cause des gaz à effet de serre produits. Evidemment, la montée du niveau de la mer pourrait être encore plus radicale si les calottes
polaires du Groenland et de l’Antarctique se désintégraient. Une hausse de 30 cm mènerait à la destruction d’une bande de littoral de 15 à 300 m dans de nombreuses régions des U.S.A., en
fonction du relief des côtes et d’autres facteurs. Voici un aperçu des différentes régions les plus menacées par la montée du niveau de la mer en Amérique :
• Un tiers du marais du parc Chesapeake Bay's Blackwater National Wildlife Refuge est désormais
submergé.
• Les abords des mangroves des Bermudes sont tapissés d’arbres récemment engloutis.
• La disparition des marécages, la première défense naturelle contre les ouragans, met en danger la côte de la
Louisiane et la Nouvelle-Orléans. Toutes les 30 minutes, une zone de la taille d’un terrain de football dans le Delta du Mississippi se retrouve sous l’eau. (Alors que le réchauffement
climatique contribue à la montée du niveau des océans, une partie des pertes de terrain en Louisiane est due à des causes naturelles et à l’activité
humaine.)
• Sur laCôte Ouest, des régions côtières à faible altitude, comme la Baie de San Francisco et des quartiers
de Los Angeles, sont également menacées.
• Si le niveau de la mer continue de monter, des milliers de kilomètres carrés de terre dans des zones
fortement peuplées comme l’Est des U.S.A. pourraient disparaître dans un siècle ou deux. Par ailleurs, les risques d’inondation en cas de tempête s’aggraveront. La construction de
barrières telles que des digues s’avère coûteuse et dans certains cas, impossible.