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Forêt de Haguenau
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Quelle protection contre la grippe A(H1N1)
?
L’OMS ne recommandera pas la vaccination universelle
S’inscrivant en faux contre de récentes prises de position exprimées en France, la directrice de l’unité Initiative pour le vaccin de l’OMS annonce que son organisation ne recommandera pas la vaccination universelle des populations contre le virus A(H1N1). Alors que les doses nécessaires pour une telle opération ne seraient pas disponibles avant quatre ans, elle compte privilégier des actions contre les groupes à risques et surtout les traitements dits classiques (diagnostic rapide, triage et mise sous oxygène).
LE QUOTIDIEN - Votre unité coordonne les efforts internationaux dans la mise au point du vaccin contre la nouvelle grippe A(H1N1). Quelles sont les perspectives actuelles de production ?
Dr MARIE-PAULE KIENY - Nous avons transmis le 27 mai les quatre souches de référence, en provenance du CDC d’Atlanta, à destination des 20 laboratoires qui fabriquent dans le monde des vaccins, les trois plus importants (Sanofi-Pasteur, GSK et Novartis) et les 17 plus modestes. Tous ont commencé à inoculer des œufs de poule embryonnés. Baxter est le premier à avoir déjà lancé une production cellulaire, mais c’est à partir d’une souche de virus sauvage. En Australie, CSL devrait suivre dès cette semaine. D’ici une dizaine de jours, c’est l’ensemble des industriels qui devraient être en capacité de lancer des productions en vue des essais cliniques et les premières doses devraient être disponibles à partir de septembre.
Le vaccin sera donc prêt pour la première vague de circulation du H1N1 dans l’hémisphère nord ?
En septembre, nous pourrons commencer à l’inoculer,
mais ce sera en nombre de doses très limité.
Des incertitudes subsistent aujourd’hui sur le rendement, selon les doses d’antigène nécessaire (15 µg ou plus) et les adjuvants qui permettront de booster les formulations. Suivant les cas,
nous estimons aujourd’hui à 95 millions la capacité de production hebdomadaire mondiale en hypothèse haute, l’hypothèse basse avoisinant les 60 millions de doses. Dans ces conditions,
les pays qui ont déjà passé des commandes, comme la France, devraient les voir honorées à partir du mois de décembre.
Est-il pertinent d’envisager de « vacciner tout le monde » ?
Au rythme moyen de production que nous projetons, quatre ans seraient nécessaires pour
constituer un stock de 6 milliards de doses, à supposer qu’une dose (et non deux) suffise à l’immunisation.
La question de la vaccination universelle ne pourrait donc être envisagée
qu’à partir de 2013,
et encore, sans présumer d’éventuelles mutations qui surviendraient dans l’intervalle et qui nécessiteraient d’engager de nouveaux process de mise au point. Dans ces conditions, il est exclu que
l’OMS recommande une vaccination universelle.
Sur quelles mesures travaillez-vous à défaut ?
Deux directions sont à l’étude. D’une part, nous multiplions les recherches épidémiologiques pour repérer des groupes à risques et cibler en conséquence des vaccinations. La question des cas naïfs est posée. Elle semble justifiée par la sous-représentation des personnes âgées parmi les cas confirmés. C’est la surveillance dans les pays de l’hémisphère sud où le A(H1N1) a commencé de circuler, comme le Chili et l’Australie, qui permettra de discriminer ces cas et d’arrêter des stratégies vaccinales en conséquence.
Notre deuxième orientation concerne les traitements dits classiques. Ils sont conditionnés par des procédures de
diagnostic rapide et des mesures de triage appropriées dans les hôpitaux. Ces traitements ne nécessitent pas de soins intensifs lourds.
Dans les cas sérieux, une simple mise sous oxygène permettrait d’obtenir la guérison.
Cette prise en charge est à la portée des pays du Sud.
Alors que ces pays commencent à être contaminés à leur tour, l’OMS semble préoccupée par les disparités de moyens entre pays riches et pays pauvres.
Notre inquiétude est augmentée par le fait que des pays passent actuellement commande de vaccins avec des volumes réservés tels qu’ils compromettent la fourniture de doses aux pays en développement et aggravent par anticipation leur pénurie. Nous avons engagé des négociations pour que des sites de production soient créés au Sud et que les industriels et les États effectuent des dons humanitaires.
ENTRE 60 ET 95 MILLIONS DE DOSES PRODUITES PAR SEMAINE
›PROPOS RECUEILLIS PAR CHRISTIAN DELAHAYELe quotidien du médecin 10 juin 2009 N°8586