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Perpignan, une équipe en or
La victoire de Perpignan en finale récompense d'abord un groupe en or, qui a su traverser une saison compliquée pour aller chercher le bouclier. Tous les joueurs l'ont admis sans peine, c'est
un état d'esprit exemplaire qui a fait la différence.
Pour comprendre comment l'USAP a reconquis le bouclier de Brennus 54 ans après, il suffisait de tendre l'oreille près des vestiaires, tard dans la nuit dyonisienne. Après une parenthèse de pure folie sur la pelouse, avant une longue nuit de fête à Paris puis l'explosion à Perpignan, les joueurs sang et or ont encore affiché une belle sérénité au moment d'expliquer les raisons de leur sacre. Dans le calme, presque comme si tout était prévu, ils ont tous souligné la force de caractère exceptionnelle «d'une bande de potes», selon les termes de Jérôme Porical. Une force mentale qui s'est d'abord forgée sous le sceau de l'identité catalane. La première richesse du club, c'est ainsi son centre de formation, et la puissance dégagée par ce maillot sang et or dans toute la région. Ainsi dix joueurs présents sur la feuille de match en finale sont issus du rugby local. Dont certains cadres, comme Mas, Pérez, Porical, Sid, Guirado ou Candelon. Les mots de Farid Sid, suffisent à comprendre pas mal de choses : «Quand tu es petit, et que tu commences le rugby dans la région de Perpignan, tu rêves dans un premier temps de jouer pour l'équipe fanion, l'USAP, puis tu rêves d'être champion avec cette équipe-là. J'ai réalisé les deux, c'est magique. Je crois que c'est ça le bonheur.» Nicolas Mas, le capitaine et lui aussi pur produit du cru, ajoute : «Cette saison on a utilisé 47 joueurs, dont beaucoup issus du centre de formation, et tous ont répondu présent à chaque fois. Cette équipe a du caractère. Cet état d'esprit, c'est le sang catalan qui coule dans nos veines, qui fait qu'on est fier, qu'on ne lâche rien.»
Dans le sillage de cette identité sang et or, l'USAP a aussi su se servir des nombreuses difficultés rencontrées cette saison pour créer une force mentale qui a beaucoup joué en finale, là où Clermont a semblé très friable dans ce domaine. La blessure de Carter au bout de cinq matches, les neuf joueurs qui se sont succédé à l'ouverture, l'incapacité pour Brunel d'aligner deux fois de suite la même équipe (sauf en phase finale), tous ces évènements auraient pu "flinguer" la saison. Ils ont au contraire resserré le groupe. Sid résume : «J'ai envie de revenir sur tout ce qui a été dit. On n'a jamais été favoris, contre Paris ou contre Clermont. Mais on finit premier de la saison, et ce n'est pas pour rien. Et on a su, sans star, sans joueur vedette, sans mecs qui traversent le terrain, gagner, par la force d'un groupe, la force du coeur. En finale, c'est le coeur de 47 gars qui a explosé pour offrir le bouclier à tout un peuple.»Construit dans la difficulté, en souffrant souvent de ne pas être reconnu, le groupe n'a jamais douté, même quand les matches n'étaient pas brillants. Julien Candelon explique : «On arrive peut-être de loin par rapport aux pronostics, à ce qu'on pensait de nous. Mais on a montré que la qualité première d'un groupe, c'est la solidarité. Et la grande ligne de la saison, c'est la solidarité. Cette année il y a plusieurs matches où on s'est retrouvé avec une quinzaine de points de retard, mais on ne s'est pas affolé et on a réussi à aller chercher ces victoires.» Des victoires arrachées in extremis, qui ont fait la différence dans un match au couteau comme cette finale. Le président Paul Goze le sait : «Le groupe a fait contre Clermont un résumé du scénario de la saison : l'USAP, c'est une équipe qui peut plier à des moments, mais qui ne rompt jamais.»
Et donc qui ne doute pas, à l'image de son entraîneur, Jacques Brunel : «Je n'ai jamais pensé qu'on pouvait perdre cette rencontre. On a gagné tellement
de matches difficiles cette saison, on a renversé tellement de situations qu'à 10-6 à la mi-temps, je ne voyais pas comment on pouvait laisser filer ce match. Je savais qu'on avait trop de
caractère pour baisser la tête. Il a fallu passer par un long parcours, mais on a montré toutes nos qualités.» C'est indéniable, et cela va changer la vie du club, enfin de retour au sommet. Ce
qui fait dire en guise de conclusion à Mas : «Maintenant je pense qu'on nous prendra au sérieux.»
Aymeric MARCHAL MSN Sports 7 juin 2009