2009
LES VACHES MAIGRES DE SARKOZY
ET
PEGGY LA COCHONNE A LA SANTE
De lui, Hervé Sturm avait dit après la finale de Coupe d'Alsace (perdue aux tirs au but face au Racing II la saison dernière) :
« Techniquement, c'est un "Makelele". Il a très peu de pertes de balle. C'est lui qui oriente le jeu. C'est un métronome qui avale beaucoup de terrain. »
Vous l'aurez compris, Kevin Sortelle, 28 ans d'âge, est un milieu récupérateur. « J'aime me dépenser sur une pelouse. Aligner les kilomètres ne me dérange pas. » Et s'il s'est
assagi - « Je râlais beaucoup, trop même » -, il aime encore parler sur une pelouse, pour encourager ses partenaires, les replacer aussi.
Comme Maxime Balieux, il est aussi celui qui a fréquenté un centre de formation, celui du Racing. Il avait même quitté son Oise natale, sa famille surtout, pour tenter sa chance en
Alsace.
Sensation d'échec après son passage au Racing
« Je suis de la génération Kanté et Abdessadki. Quand, à 20 ans, la porte se referme, c'est dur. Surtout quand tu as laissé ta famille loin
de toi. Je venais de réaliser une mauvaise saison. Alors, même si je m'y attendais et que j'étais lucide, j'ai été déçu. Je le ressentais comme un échec et j'étais dégoûté. J'y pense encore
de temps en temps. »
Et plutôt que tenter sa chance à Valenciennes ou Vannes, qui l'avaient contacté, il retournera au FC Chantilly. « J'ai fait une connerie alors que ces clubs me proposaient des
contrats fédéraux, mais je préférais retrouver mes copains. Je ne voulais plus entendre parler de ce milieu professionnel », dit celui qui avait commencé le foot à Montataire avant de
filer à Creil, puis à Chantilly.
Au bout de six mois, il retournera en Alsace pour son ex-copine originaire de la région. « Je suis allé à Schirrhein avec Johny Roecklin comme entraîneur. Je l'avais connu au
Racing. Il s'occupait des « 17 ans » nationaux. »
Il fera son temps ensuite à l'AS Musau avant de retrouver le FCE Schirrhein en DH il y a deux saisons. « C'est un club à part avec des gens incroyables. Je parle des dirigeants,
mais aussi des supporters qui nous suivent partout. Et puis, notre aventure, c'est aussi le moment de saluer le travail d'Hervé Sturm depuis de très longues saisons. C'est d'abord sa
récompense. Il n'y a surtout pas de hasard. »
« Le rêve n'est pas encore interdit »
A Creutzwald, il dit avoir vécu un des ces jours exceptionnels. « J'en avais des frissons partout. Sur le terrain, on se parlait mais on ne
s'entendait pas tant il y avait du bruit. Je n'avais jamais connu ça », ponctue Kevin Sortelle.
Il le dit, ce sont les autres qui lui ont fait prendre conscience du caractère exceptionnel du parcours de son club. « Le lendemain du match, le téléphone n'a pas arrêté de sonner.
Des gens, dont je n'avais plus de nouvelles depuis des années, ont repris contact. C'est incroyable. Ça me permet de réaliser un peu ce que nous avons fait. J'ai bien rigolé aussi le jour où,
sur Infosport, j'ai vu le nom de Schirrhein tout près de celui de l'OL. J'ai eu du mal à le croire. »
Mais ce régleur sur commandes numériques à Haguenau, qui vient de réussir son BTS Logistique, ne veut pas s'arrêter en si bon chemin. A Haguenau, une partie de sa famille fera le
déplacement, tout comme Natividad, sa compagne.
« Il faudra jouer notre chance à fond, ne pas regarder les joueurs de Clermont comme des monstres. On a une petite chance, et il faudra la jouer à fond, dit-il avant d'éclater de
rire. Et puis, je me vois bien aller au Stade de France. Le rêve n'est pas encore interdit. »
Et lui, Kevin Sortelle, coureur de fond sur un terrain de foot, a encore envie de livrer du bonheur. Juste ça.