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Forêt de Haguenau
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Dans ses mémoires, Erich Ludendorff, général en chef des armées allemandes, qualifie le 8 août 1918 de « jour de deuil ». C'est en effet ce jour-là,
devant l'avance franco-britannique, que le haut-commandement allemand comprend que la guerre ne peut plus être gagnée. Pour éviter qu'elle ne se porte sur le sol du Reich, commence, en
marge des combats, un ballet diplomatico-militaire qui aboutira à l'armistice du 11 novembre.
Que faire alors de l'Alsace-Lorraine ?
Berlin espère encore conserver le Reichsland dans sa sphère d'influence. Le fameux discours des « Quatorze points » du président américain Woodrow Wilson (8 janvier 1918)
estimait que « les torts causés à la France par la Prusse, en 1871, concernant l'Alsace-Lorraine, qui a perturbé la paix mondiale pendant près de 50 ans, devraient être corrigés ».
Il ne parlait pas noir sur blanc de restitution.
Alors l'Allemagne décentralise. Vite. Début octobre, on fait de l'Alsace-Lorraine un État (presque) à part entière dans l'espace germanique. Le maire de Strasbourg, Rudolph Schwander,
devient Statthalter, Charles Hauss, autre Alsacien, fait office de secrétaire d'État d'Alsace-Lorraine. Les élus alsaciens ne sont pas dupes : le 23 octobre au Reichstag, Eugène Ricklin,
député de Thann-Altkirch, ironise sur cette autonomie.
La journée des
deux
Républiques
Entre-temps, le pouvoir s'effrite à Berlin. Le 3 novembre, à Kiel, sur la Baltique, les marins se révoltent - début d'une éphémère révolution dont les
vagues porteront jusqu'en Alsace. Le Kaiser Guillaume II est poussé à la démission le 9 novembre et s'exile le lendemain aux Pays-Bas (*).
En Alsace arrivent les premiers trains de marins mutinés. A Strasbourg, Colmar, Mulhouse, et dans plusieurs villes moyennes, ils créent des conseils de soldats et d'ouvriers, inspirés
pour une part par les soviets russes. Le 10 à Strasbourg, l'un des insurgés, Johann Rebholz semble-t-il, proclame la République d'Alsace-Lorraine devant l'Aubette. Le même jour, le socialiste
Jacques Peirotes, élu maire de Strasbourg, proclame aussi la République devant la statue du général Kléber.
Le crépuscule des rois félons, extrait de L'Illustration (novembre 1918).
Le 11, la chambre basse du Landtag se constitue en Conseil national et investit Ricklin comme chef de gouvernement, remplacé dès le lendemain par Peirotes. Le 13, le drapeau rouge flotte
sur la cathédrale. Des débats épiques opposent les conseils de soldats et d'ouvriers et les élus dans une ambiance confuse. Sollicitées par des notables inquiets, les troupes françaises
décident alors d'avancer leur arrivée...