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Cette année, sur le site PSA de Mulhouse, la trêve des confiseurs va s’éterniser. Trois semaines d’arrêt pour répondre à la crise du marché.
C’est très probablement une première dans l’histoire du site : Peugeot Citroën Mulhouse devrait fermer trois semaines entre le 12 décembre 2008 et le 5 janvier 2009. Pas totalement toutefois, puisque certains (rares) secteurs tourneront mais suffisamment pour empêcher toute production durant ce temps. d’ailleurs le but : les stocks de Peugeot 206/308 et surtout de Citroën C4 sont jugés trop importants compte tenu de l’état de délabrement du marché. « D’ici la fin de l’année, note Vincent Duse (CGT), nous devrions fabriquer 213 Citroën C4 de moins qu’au retour des congés d’été. Mais après ? »
Globalisation du chômage
Pour autant, plus que d’alourdissement du chômage, les mesures annoncées hier aux élus du personnel (et qui devront être confirmées) procèdent d’une réorganisation
du dispositif annoncé en octobre dernier. Celui-ci prévoit une globalisation du quota d’heures non travaillées programmées en décembre, désormais accolées aux congés normaux de fin d’année et non
dispersées durant le mois. D’où trois semaines de fermeture au lieu de deux. S’ajoutent les journées non travaillées en novembre, pour l’essentiel entre le 24 et le 28, et concernant pour la
première fois le secteur forge-fonderie, jusque-là épargné, car opérant pour tout le groupe et des clients extérieurs.
Au bilan, la grande majorité des quelque 9 500 salariés du site devraient donc chômer 22 jours entre fin août et fin décembre. Sans conséquences financières, compte tenu de l’accord maison
régissant ce type de situation, mais avec l’obligation de récupérer une partie de la production, si du moins la demande l’exige. Curiosité du système : dès le 26e jour non travaillé,
le salarié reste payé, sans obligation de récupérer la production perdue… « Pas sûr que ce dispositif résiste longtemps à la crise… », prévient Patrick Schorr (FO), qui redoute
la remise en cause de l’accord, probablement jugé un peu trop favorable aux salariés…
800 intérimaires renvoyés à la maison ?
Cette absence de lisibilité à court terme explique le pilotage à vue observé depuis quelques mois. Fixée à 3,5 % fin juillet, la marge opérationnelle 2008 de PSA
vient ainsi d’être réduite à 1,3 %. La crise économique, aux effets encore accentués par la débâcle financière, interdit toute projection en terme de marché — les ventes européennes ont chuté de
15,4 % en octobre, celles de PSA de 16,3 % — et place les constructeurs en position très inconfortable : jusqu’où faut-il adapter les moyens à une demande en chute libre depuis six mois, sachant
qu’une reprise reste envisageable dès la fin du premier semestre 2009 ?
Pour l’heure encore, l’arrêt momentané de la production est privilégié par la plupart des constructeurs européens -y compris… le plus riche d’entre eux, Porsche- mais s’ils s’enfonçaient
durablement dans la crise, pourraient-ils ne pas tailler dans leurs effectifs ?
Ce n’est pas à l’ordre du jour de Christian Streiff, le président de PSA, même si Vincent Duse redoute que 800 des quelque 1000 salariés intérimaires restant sur le site soient renvoyés chez eux
d’ici février prochain. Qui s’ajouteraient aux 300 tout juste remerciés. Pour sa part, Patrick Schorr imagine plutôt un nouveau plan social dans les six mois qui viennent. Éléments de réponse
possibles ce 26 novembre (CE à Mulhouse) ou plus sûrement le 11 décembre prochain (CCE à Paris)…
Jacques Prost L"ALSACE Edition du 16 novembre 2008