Cultiver une herbe plus tendre avec l'environnement
Caroline Sallé 11/05/2009 le figaro
Accusé de piétiner la biodiversité, d'être un gros buveur d'eau et de consommer beaucoup trop d'engrais et de pesticides, le gazon est devenu l'ennemi écologique
numéro un du jardin. Parfois à tort.
1. Quelles variétés de gazon privilégier ?
Les plus rustiques. Autrement dit, celles qui résisteront le mieux aux piétinements
ou à la chaleur estivale. «Le gazon est un mélange de graines assez complexe, qui varie en fonction de l'usage et de l'exposition de la pelouse, explique Christophe Vastel, responsable produits
de jardin chez Truffaut. Son choix est donc primordial.» Cet expert recommande ainsi les gazons «sports et jeux», «soleil», «terrain sec», «spécial sud de la France», riche en fétuque élevée.
Attention aux variétés exotiques, comme le kikouyou, une «fausse bonne idée», selon lui. Certes très résistantes à la chaleur, ces pelouses dépérissent au
froid (en dessous de 10°).
Autre bonne option : le mélange «pelouse éco-alternative» développé par La Maison des Gazons. Son plus ? Il contient des microtrèfles, connus pour être herbicides, apporter de l'azote et bien résister à la sécheresse.
Votre terrain n'est pas ensoleillé ?
Aucun problème puisqu'il existe des mélanges «ombre». «À la place, on peut aussi semer de la canche, une graminée non autorisée au catalogue des gazons mais
qui s'accommode parfaitement de l'humidité et du peu de luminosité», assure Christophe Vastel. D'une manière plus générale, «un jardinier écolo aura intérêt à
proscrire le gazon anglais, 100 % ou majoritairement ray-grass, très fragile et gros consommateur d'eau», prévient Christine Viron, directrice du développement durable chez Botanic.
Au fond du jardin, prévoyez enfin un petit espace de «prairie fleurie», mélange d'herbes et de fleurs. La biodiversité vous dira merci.
2. J'arrose un peu, beaucoup, pas du tout ?
«Hors période de plantation, on ne devrait arroser qu'en juin-juillet, lorsque la
pluie fait vraiment défaut», indique Christophe Vastel. Et encore, une fois par semaine voire tous les dix jours, de préférence le soir pour éviter l'évaporation. Car en période de grosse
chaleur, il est normal que le gazon jaunisse (voir plus bas) et à l'arroser trop souvent, on finit par le fragiliser en ne contraignant pas ses racines à puiser l'eau plus en profondeur. «Pensez
aussi à récupérer l'eau de pluie, conseille de son côté Christine Viron. Légèrement acide, elle convient mieux aux végétaux que l'eau calcaire de nos robinets.»
3. Ma pelouse est clairsemée, comment l'étoffer ?
Tout simplement avec un gazon dit de «regarnissage» ou de «rénovation», composé de préférence avec de la fétuque rouge
plutôt que du ray-grass, même s'il est plus long à s'installer. Bien veiller à ce que la terre demeure humide. Et pas d'acharnement si votre pelouse ne prend pas au pied d'un arbre :
celui-ci peut avoir des propriétés herbicides ou alors la zone est vraiment trop ombragée pour que le gazon «prenne».
4. Comment désherber sans polluer ?
En commençant déjà par prévenir plutôt que guérir. «En clair, mieux vaut renforcer la santé du gazon plutôt que lutter
contre la maladie», prône Christine Viron. Pour cela, il faut veiller à bien l'entretenir, en apportant un minimum d'engrais (compost ou engrais «organique» en jardineries). Christophe Vastel
conseille de le sous-doser et d'en fractionner l'apport : début mars, fin avril-début mai puis en septembre, en n'oubliant pas d'arroser après l'avoir épandu. À l'automne ou à la fin de
l'hiver, «il est bon d'aérer le sol avec un scarificateur ou des semelles spécifiques», préconise Christine Viron. Votre gazon n'en sera que plus dense et du
coup, il ne cédera pas de terrain aux mauvaises herbes. Si ces dernières s'incrustent quand même, on peut se contenter de les arracher à la main, ou à la
limite, avec un couteau désherbeur. «Mais franchement, est-ce grave d'avoir quelques pissenlits et pâquerettes dans sa pelouse ?, interroge-t-elle. Lorsqu'on jardine écolo, il ne faut pas
être trop maniaque.»
5. Au secours, la mousse attaque !
C'est le signe que la zone est très humide et que la terre est sans doute
trop acide. «Évitez à tout prix le chlorate de soude que l'on vend généralement comme antimousse, insiste Christine Viron. Vous traitez certes le symptôme
mais vous renforcez en même temps sa cause. Optez plutôt pour du Raidmouss' (Solabiol) ou encore épandez de la cendre de cheminée, excellent fortifiant du
gazon.» Enfin, à l'automne, «prévoyez un apport d'amendement calcique, type chaux ou dolomie, pour faire remonter le pH de la terre», conseille Christophe Vastel.
6. Faut-il couper le gazon une bonne fois à ras, pour utiliser le moins possible sa
tondeuse ?
C'est tout le contraire. En le rasant, vous l'affaiblissez. «Plus on coupe court, moins le système racinaire du gazon est
développé, explique Christophe Vastel. Résultat, dès qu'il fait chaud, la pelouse souffre car elle n'est pas assez nourrie et manque d'eau.» En clair, une herbe
haute est bien plus résistante. Ne pas hésiter, donc, à monter la hauteur de coupe de votre tondeuse, autour de 7 à 8 centimètres, comme le préconise Christine Viron. Dernier conseil, si
vous n'êtes pas encore équipé, optez pour une tondeuse mulcheuse qui hache l'herbe, la «saupoudre» sur la pelouse et du même coup la fertilise naturellement.
7. Que faire si ma pelouse jaunit ?
Le mieux est sans doute de ne rien faire du tout. Votre pelouse se repose. Suivez son exemple ! «En juillet-août, on a
beau arroser, le gazon a de toute façon trop chaud, explique Christophe Vastel. Rien ne sert de s'obstiner. La pelouse jaunit, elle n'est pas brûlée, simplement en
dormance. Autrement dit, le gazon stocke des réserves dans ses racines.» Il repartira de lui-même en septembre, au moment des premières pluies.